05 juin 2009
Variation autour du même thème
L'idée était de confronter - ouh, le vilain mot - nos deux styles sur un même thème, chacune de notre
côté, sans se concerter.
Alors donc, aux millions de lecteurs qui parcourent ce blog, voici en avant première - bientôt dans toutes les bonnes librairies, deux textes succulents: Le premier par Lili B. et le second par Sarah C. sur ce "t'aime ? ":
"Quand Philippe Djian rencontre Anna Gavalda " Ouah.
" Quand Philippe Djian rencontre Anna Gavalda " par Lili B.
Les Voutes de Paris, 10 rue
Servandoni.
Vaguement occupé à préparer
la réception qui aura lieu ce soir dans les lieux, je les observe du coin de
l’œil. Lui à gauche de la salle, avachi sur son fauteuil, le bras négligemment posé
sur l’accoudoir, à se frotter doucement la pulpe des doigts comme s’il se
jouait d’un stylo invisible. Elle, plus près de moi à droite, quelque peu
mal-à-l’aise, feuilletant un magazine et jetant de furtifs coup d’œil dans la
direction de l’homme.
La femme avec le magazine,
elle c’est Gavalda. Je l’aimais :
roman simple, bien écrit, plus profond qu’il n’en a l’air. Mérite-t-elle son
succès ? Pas à mon goût. Pourtant moi aussi je les ai aimés son vieux et
sa jeune divorcée un peu flétrie… Il fallait oser la rencontre beau-père/bru,
et rien que pour ça, rien que pour cet angle peu commun, je lui tire mon
chapeau. Pour la dialectique aussi, et pour les notes de douceur savamment
distillées. L’air de rien, elle esquisse ses portraits et tout doucement, les
visages apparaissent, les caractères émergents ; ils sont là, près de
nous. Le style, assez lisse, se prête à merveille à une lecture intérieure mais
peu lasser rapidement. Du reste de son œuvre, je connais uniquement je voudrais que quelqu’un m’attende quelque
part au titre trop long et qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Ceci-dit,
c’est un peu maigre pour se faire un avis.
La semaine dernière, en
apprenant que les deux auteurs allaient se voir interviewer dans nos locaux, j’ai
cherché à glaner quelques critiques ici et là.
Monsieur serait donc estampillé
Beat Generation. On le dit auteur à style. Soit. Les étiquettes, après tout
c’est bien utile pour acheter comme pour vendre non ? Et le sentiment
d’appartenance à un groupe, c’est bien pratique pour se retrancher derrière quand
la critique fait rage… Son Stratégie d’éditeur ou comportement de consommation,
peu importe, moi les étiquettes ça me gave. « Mais moi, je ne
revendique rien de tout cela. Je ne représente rien ni personne, je
n'appartiens à aucune école. Je fais simplement mon travail d'écrivain » répond-il – Et ça vraiment, je
préfère.
Madame ? Plus difficile
à classifier apparemment. Pas de style très marqué. Parfois comparée à Sagan
(jamais lu), par d’autres à Philippe Delerm (je trouve pas), souvent à Marc
Levy (moins doué pour les portraits quand même). On l’associe également à une littérature de
loisirs comme ce dernier, Guillaume Musso ou Katherine Pancol. « Subtilité »,
« finesse » scandent ses admirateurs, « contemporaine »,
« facile à lire» en disent les sans-opinions, « creuse »,
« fade » jugent ses détracteurs. Qu’elle ne puisse se réfugier dans
aucune grotte littéraire en revanche me plait bien. Et qu’elle ne puisse faire
une interview sans parler de Djian me surprend.
Bonjour pardonnez le retard… collègue
accident… prévenir ? Oui, non, euh… essayé… Bafouillage du journaliste. Bon
sang, comment peut-il oser un coup pareil ? Le plan est si mal préparé que
je réprime un rire. Djian est vert et Gavalda clignote entre gris et rose. En
gros, deux journalistes du même canard devaient interviewer chacun un des
auteurs dans des salons séparés, mais là on a plus qu’un journaliste et deux
auteurs… Quelle poisse tout de même ! Le petit jeune se défend bien, entre
un Djian en bonne voie d’implosion et une Gavalda terrorisée à la limite du
pipi intempestif. « A gauche sous l’arcade » je lui indique.
Impossible de ne pas remarquer qu’elle commence méchamment à se tortiller.
Finalement, retournement de
situation. J’ai du mal à y croire, pourtant Djian se rassoit et accepte
l’interview commune avec simple mise en demeure de torcher ça vite fait bien
fait.
A la sortie des toilettes, le
gnome intercepte Anna Gavalda pour lui faire part des délibérations - discours
sucré - et lui glisser une parole aimable sur la mort de son chat. C’est fou ce
qu’on peut s’attacher à ces petites bêtes tout de même.
- Simplicité, humanité, écriture
épurée, peu d’effets littéraires, d’indéniables talents pour les portraits… égrène
le journaliste.
Finalement, d’un point de vue
stylistique, c’est vrai qu’ils ont plus de points communs qu’on pourrait le
croire. Djian se crispe un peu mais tient bon la barre.
Les références littéraires
maintenant. Sensiblement les mêmes puisque la petite nouvelle du cénacle a
calqué ses lectures sur son mentor : Carver, Brautigan, Kérouac, Salinger,
Céline… Le courant passe. Etonnant mais chiant, chiant, ça devient chiant là…
- Par pudeur je pense.
Sûrement un héritage de mon éducation. Je peine encore à prendre certains
risques.
- Est-ce que finalement ce
qui vous sépare le plus, n’est-ce pas simplement la prise de risque ? Le
cru, l’extrême, un franc-parler, une certaine âpreté, des personnages plus
marqués…
Je jette un œil discret en
bas de l’escalier. Gavalda rougit. Djian semble amusé.
- Vous voulez dire que je ferais
du Djian aux couleurs pastel ?
- Ca vous déplairait ?
- Vous plaisantez ?!…
Une heure plus tard…
« Djibril, va me sortir les deux excités du chiotte n°2, ils font trop de bruit, ! »
"Quand Philippe Djian rencontre Anna Gavalda " par Sarah C.
J’arrivais
pas à croire que cette dingue soit là à m’attendre. J’avais passé une journée
affreuse, j’avais qu’une envie, c’était de me jeter sous la douche et d’oublier
tous ces dingues que j’avais croisé aujourd’hui. Et non. Voilà que j’en
trouvais une –probablement la pire- devant ma porte.
J’ai respiré un grand coup et j’ai essayé de lui envoyer mon plus beau sourire.
-Dis-moi, j’espère que tu viens pas te faire payer l’apéro. Nan parce que
là, tel que tu me vois, je suis rompu vois-tu, et je pense pas avoir beaucoup
de temps à t’accorder.
Elle s’est
levée d’un bond et s’est pratiquement jeté à mon cou.
-Bon sang
Philippe, tu peux pas me laisser tomber, je t’en conjure, j’ai vraiment besoin de toi !
J’ai lâché
un soupir à fendre l’âme, mais pas la sienne visiblement, ça l’a pas arrêtée
une seconde et j’avais à peine ouvert la porte qu’elle se précipitait à
l’intérieur.
Je me suis
promis de casser la gueule de mon éditeur dès que j’aurais réglé cette affaire,
et je me suis servi une bière pour me donner un peu de courage.
-Bon,
qu’est-ce qui t’arrive encore ? J’ai demandé en me laissant choir sur le
canapé.
-C’est cette
fille, Philippe. Il faut que tu m’aides. Elle m’a fait une telle publicité avec
ce maudit article
Que j’ai
même pas eu le courage d’aller au salon du livre. Je t’assure. J’ose à peine
mettre le pied dehors ! Il faut que
tu m’aides … !
Cette conne
était pratiquement au bord des larmes, et je ne voyais vraiment pas quelle
espèce d’aide elle attendait de ma part.
-Ecoute, tu
te fais du mauvais sang pour rien Anna. Si tu veux mon avis, cette Sarah
Cancaven est juste une pauvre conne, une espèce d’écrivain ratée qui se défoule
sur les autres. Si tu veux mon avis faut pas chercher plus loin.
Je me suis
servi une longue rasade de bière pendant qu’elle se mettait à gesticuler dans
tous les sens, j’étais crevé et je comprenais la moitié de ce qu’elle me
disait.
-Bon sang Anna tu me donnes le tournis, tu veux pas t’asseoir et te calmer
un peu ?!
-Me
calmer ?! Mais comment tu veux que je me calme ? Est-ce que tu as lu
cet article ?!
-Bon, mais
qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ?! Je connais pas cette fille,
qu’est-ce que t’attend de moi, au juste ?
Elle m’a
jeté un tel regard que je me suis demandé un instant si c’était pas un truc
sexuel, si elle voulait pas que je la réconforte d’une manière ou d’une autre.
-Sais-tu
pourquoi je suis venu te voir toi Philippe ?
-Non, mais
tu commences à me faire peur.
-C’est mon style Philippe, elle a fait en étouffant un sanglot. Mince, je crois
que cette fille a raison, mon style ne vaut rien.
J’ai jeté un
œil à la fenêtre mais j’habitais au deuxième étage, ça faisait un peu
haut. Et je me voyais mal me barrer
discrètement et la planter là, elle était dans un tel état qu’elle était bien
capable de tout saccager autour d’elle. J’ai fermé les yeux un instant en
visualisant tous les sévices que j’allais infliger à ce connard de Bernard, ce
foutu connard de Bernard qui lui avait eu le culot de lui filer mon adresse.
Donner des conseils aux autres étaient la dernière chose que je me sentais
capable de faire. Encore moins quand je venais de me taper toute une journée de
dédicaces – dédicaces que j’avais gentiment accepté de faire pour la première
fois de ma vie. Il perdait rien pour attendre. Oh non.
Comme je ne répondais rien, elle a enchainé en continuant de gesticuler comme
un papillon de nuit.
-Philippe,
dis-moi franchement. Qu’est-ce que tu penses de mon style ?
J’étais
crevé, vraiment crevé, et je sentais qu’elle ne me lâcherait pas tant qu’elle
aurait pas sa foutue réponse. Je me suis levé pour aller chercher une autre
bière, que j’ai ouvert en soupirant. Quelle putain de journée.
-Anna. Si tu
te mets à douter de ton style à chaque fois que t’as une mauvaise critique,
t’es pas arrivée. Qu’est-ce qui te fait croire que cette dingue de journaliste
a raison, elle plutôt que tes millions de lecteurs ? Parce que tu as bien
des millions de lecteurs, je me trompe pas ?
-Oh bon sang
Philippe, je supporte pas qu’on ne m’aime pas. J’ai envie de plaire à tout le
monde, je le reconnais. Mince, je fais tout pour froisser personne, pas de
vulgarité, de l’amour, de la tendresse, pas de violence … je comprends pas.
-Ben cherche
pas plus loin. Il est là ton problème. C’est comme si tu baisais en gardant ton
soutif.
-Hein ?
-Bon.
Ecoute. Je me sens très mal placé pour te donner le moindre conseil.
L’écriture, c’est quelque chose de très personnel. Et si tu veux mon avis,
c’est une très mauvaise idée de venir voir n’importe quel écrivain pour lui
demander des conseils. C’est même complètement con ... Non, putain
Anna, te mets pas à chialer, je t’en supplie …
-Non, mais
je croyais que … enfin …. Je croyais que ça te ferait plaisir, et puis ….
-Mais merde
Anna, je l’ai coupée. Tu peux me dire à quoi ça rime ?! Je te connais à
peine, tu te pointes chez moi, tu veux des conseils sur ton style rapport à une
folle qui t’a démolie dans un article, tu peux me dire à quoi ça rime ?!
Tu sais, je veux pas te blesser, mais ça en dit long. Crois-moi.
-Mais c’est
quoi cette histoire de soutif … ?
-Bon. Est-ce
que tu suces ?
-Mais t’es
complètement malade !!! Bon sang mais tu crois quand même pas que je suis
venue pour ça ?!!!
-Anna.
Chérie. L’écriture, c’est comme le sexe. Quand tu y vas, faut y aller à fond.
Faut arracher ta culotte, balancer ton soutif, crier, sucer, embrasser à pleine
bouche. T’abandonner.
Oublier
toutes tes questions, et ne pas te demander ce que va en penser le voisin. Je
peux pas être plus explicite.
En un bond,
elle avait atteint la porte. J’ai vu dans son regard qu’elle pensait être
tombée sur un vrai malade, elle a serré son sac contre elle et elle a
bredouillé un truc que j’ai pas compris.
-Nan mais attends
Anna, je vais pas te sauter dessus, j’essayais juste de t’expliquer un truc,
j’ai dit en me levant.
-Ecoute, euh
… faut que j’y aille, elle a fait en ouvrant la porte, y a quelqu’un qui
m’attend quelque part.
16 mai 2009
" La secte des Egoïstes " Par LILI
Peut-être à relire.
Si je devais faire
une typologie personnelle des romans, il y en aurait - grosso modo - trois
sortes : les romans à histoires (ceux qui sont censés finir sur une émotion),
les romans à idées (qui sont sensé finir sur un questionnement), et les mixtes.
Je sais, c’est très personnel et un peu basique, voire un peu personnel et très
très basique, mais bon c’est ma typologie instinctive à moi. Il n’y a pas de
bon ou de mauvais type, c’est juste comme avec le vin : l’essentiel c’est
qu’il soit bon.
Donc déjà, celui-ci
fait partie de la seconde sorte alors que j’aurais aimé qu’il fasse partie de
la troisième… D’accord il y a le philosophe Gaspard L., celui que cherche le
narrateur. Mais le personnage est assez peu cerné. Il s’agit d’une esquisse de
personnage, une esquisse à gros traits… Ok, il y a une intrigue : cette « enquête »
sur le philosophe…
Mais bon,
franchement ça reste superficiel et pauvre en récit alors que le thème même du
roman était tellement riche en questions, en hypothèses… « et si chacun
était Dieu »…
Alors oui, les
questions sont posées, la dialectique se tient, Eric-Emmanuel Schmitt écrit
bien, très bien même, mais bon… Je reste déçue d’autant que j’aime vraiment la
sensibilité de cet auteur. Je suis restée encore une fois sur ma faim. J’aurais
aimé trouvé des personnages denses avec des détails signifiants, des fausses
pistes, une petite révolution ou juste un semblant de retournement de
situation, un peu de surprise, un zeste de folie…
La folie est évoquée
bien-sûr mais dans l’esprit de l’auteur, il n’en reste qu’un zeste bien
desséché.
Peut-être à relire, j’ai dit quand même.
17 avril 2009
Un homme à distance
Bon, ça fait longtemps. Ca fait à peu près un an. Mais ç'a été tellement intense ... et puis comme je lui ai dit, c'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de dire à un auteur pourquoi on l'aime.
Pis après tout, elle, elle a bien mis ça sur son site. Alors pas que elle, hein, qu'a le droit.
Quand la magie opère dans un livre, déjà, ça tue. Mais quand elle opère avec l'auteur, alors là ...
Le 9/03/08 12:54, « XXXXX »
Je ne connais pas du tout la Normandie. Mais j'irais bien à Fécamp, marcher sur les traces de Kay Bartholdi ... Dites, est-ce qu'elle existe vraiment, cette librairie d' "Un homme à distance" ?
Vous savez, du coup, je l'ai relu, ce livre, pour la énième fois ... et à chaque fois il me fait le même effet, c'est comme un fantasme, étrange et tellement intense.
Et cette petite musique ... " Un amour haut comme une cathédrale, violent comme une bordée de pirates ..... " Il n'y a pas beaucoup d'auteurs capables de vous la faire entendre, cette petite musique ... La première fois que j'ai entendu la vôtre, c'était avec "J'étais là avant " et cet homme marron, avec sa valise au bout du bras. Marquante, tellement marquante, cette image, que j'aurai presque pu lui arracher les yeux moi-même, à cet homme-là.
Bon, je sens que je vais encore me laisser emporter et vous saouler de paroles. J'espère que vous me pardonnerez, mais on n'a pas souvent l'occasion de dire à un auteur pourquoi on l'aime ...
Date: Sun, 9 Mar 2008 13:30:17 +0100
From: kpancol To: XXXXX
Moi, j’aime quand vous m’écrivez, et j’aime ce que vous écrivez, les mots que vous faîtes sonner comme le marteau sur l’enclume, paf, paf ! ça résonne dans ma tête et j’entends presque le bruit, je vois les étincelles !
Si on ne peut plus dire quand on aime, alors la vie n’est plus belle du tout, elle est carrément laide...
S’il faut prendre un air blasé, dire oui je sais, je sais... Alors je rends mon tablier !
La librairie de Fécamp existe. Je l’ai juste déplacée, l’ai posée sur le quai d’en face, le quai Maupassant, là où il y a du soleil tard dans l’après-midi. Elle s’appelle le Chat pître...
Et quand le livre est sorti, il y a des lecteurs qui sont allés “voir” la librairie, sont allés déjeuner dans le petit restaurant d’à côté...
Qu’est ce que j’aime ce livre, c’est comme si je ne l’avais pas écrit moi-même !
Et pourtant je l’ai écrit dans une sorte de fièvre, en trois semaines, sans bouger de la table de la cuisine de la maison près de Fécamp. À suer à grosses gouttes, à pleurer des larmes de désir, de mourir d’amour... J’étais en plein chagrin d’amour, un gros, gros chagrin et j’avais envie de mourir tout de suite, alors j’ai écrit Kay et Jonathan... J’ai écrit cette histoire où l’homme s’en va brutalement en ne disant rien et où on reste avec un trou si grand dans le ventre qu’on croit qu’on va mourir.
Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça. C’est parce que vous m’avez parlé d’ “Un homme à distance”. Ce livre brûle toujours en moi...
Vous voyez : moi aussi je vous saoule de paroles et j’espère que vous me pardonnerez...
Katherine Pancol
Le 9/03/08 14:58, « XXXXX»
Si je vous pardonne ?! Mais vous m'avez achevée là, Katherine !
Il y a une telle urgence, dans ce livre ... ! Vous avez raison, la souffrance peut être magnifique, quand on la transforme en compassion ...
Vous savez, hier je parlais de livres avec mon amoureux et je parlais de vous, je disais que ce que j'aime, ce que je cherche, c'est sentir l'âme de l'auteur à travers ses livres, c'est avoir l'impression de parler avec lui, et qu'on sentait tellement l'âme de Katherine Pancol. Moi, j'ai souffert en même temps que Kay Bartholdi. Je l'ai suivie dans les rayons de sa librairie, j'ai préparé les paquets avec elle, je me suis léché les doigts après avoir mangé les moules de Laurent, je l'ai suivie sur son vélo, j'ai retrouvé mes seize ans et regardé David avec la même admiration, je me suis drapée dans sa souffrance, je l'ai suivie dans les vagues, et à la fin du livre j'étais sonnée, comme elle.
Vous savez que ce livre est celui que j'ai acheté le plus souvent, à chaque fois pour l'offrir, j'insistais, lis, lis ce livre ...
From: kpancol To: XXXXX
Oh la la !
Stop ! Arrêtez ou je vais mourir de plaisir, cette fois !
C’est incroyable ce que vous écrivez...
Cet échange de lettres entre nous qui suit cet échange de lettres eux, Kay et David (ou Jonathan ) ?
J’ai envie de la placarder sur mon site en disant “voilà pourquoi j’aime écrire, écrire, écrire parce que cela donne des rencontres comme celle-là, avec XXXX que je connais pas mais qui a des trous dans le coeur comme moi”...
Et si là, vous avez pas envie d'acheter ce livre, alors je sais plus quoi dire.
www.katherine-pancol.com
13 avril 2009
La cicatrice
C'est le premier roman que j'ai lu. Je devais avoir 13, 14 ans, un truc comme ça. Enfin, c'est peut-être pas
le premier que j'ai lu, mais c'est le premier dont je me souvienne.
Il fallait choisir un bouquin, et faire un exposé. Pour moi, à cette époque, c'était une vraie épreuve,
mais j'avais tellement aimé ce livre que d'un coup, monter sur l'estrade et le défendre, ça m'a paru super facile.
Je me rappelle quand même avec fierté avoir scotché tout le monde. Je me souviens aussi avoir eu un mal de chien pour pas me mettre à chialer devant tout le monde, tellement ce livre m'avait touchée. C'est une histoire qui commence mal, et qui finit encore plus mal. Alors forcément.
Et puis bien-sur, ce livre je l'ai rangé dans un coin de ma mémoire, et j'en ai ouvert des milliers d'autres.
C'est pratique, un livre, pour se cacher derrière. Et parfois, quand le miracle a lieu, on peut même se cacher dedans.
Hier on est allé à la Trocante, une espèce de bric à brac qui vend tout et n'importe quoi. Ca sent la poussière, ça caille un peu, mais au détour d'un lit de bébé, on peut tomber sur une merveille à trois francs six sous.
C'est comme ça que je me suis dirigée vers le rayon livre, fouinant au milieu des Danièle Steel pour trouver, peut-être, la perle rare. L'édition originale de L'herbe rouge, peut-être.
Et en fait, non. En fait je suis tombée sur La cicatrice.
Je l'ai attrapé comme si c'était un trésor, et tout m'est revenu. Cette histoire triste à pleurer, l'estrade, mon émotion. La cicatrice.
J'ai pensé au mec qui l'avait écrit un jour, et à son bouquin qui se retrouvait des années plus tard dans une foire fouille, à cinquante centimes. Puis j'ai pensé à la fille qui tombait dessus, un dimanche, et qui se souvenait dans un sourire extatique, de sa première émotion littéraire.
C'est peut-être pour ça, qu'on écrit.
06 avril 2009
Elles sont là, les femmes.
Je viens de finir un des derniers bouquins de Christin Orban. La mélancolie du dimanche.
Bon, elle écrit bien, Christine Orban. Enfin, moi j'aime bien son style.
Par contre, je suis restée sur ma faim. En fait non. En fait j'ai pas eu faim du tout.
Les femmes, dans la littérature, c'est un peu toujours la même chose.
Elles sont mariées et malheureuses, célibataires et malheureuses, trompées ou adultérines,
elles campent devant leur téléphone dans l'espoir du coup de fil libérateur, traquent les signes d'infidélité de leurs époux, et en font un roman. Parfois c'est bien, souvent ça me fait chier, en fait.
C'est toujours pareil. Ca manque d'audace. C'est ce que je me suis dit à la fin du roman de Christine Orban.
Ca manque d'audace.
Moi je voudrais une femme rock n'roll, pas une pétasse qui fait les boutiques et s'achète une guêpière pour son rendez-vous amoureux. Moi je voudrais une femme qui n'ira pas, au rendez-vous. Ou qui ira peut-être au dernier moment. Qui pleurera sur du Amy Winehouse, qui boira un whisky à ta santé.
Une femme telle que j'en connais dans la vie, mais telle que j'en vois rarement dans la littérature.
